Burkina Faso: Le viol un tabou social
Au Burkina, le viol reste un sujet difficile à aborder. Dans les villes comme dans les zones rurales, notamment à Ouagadougou et dans les régions touchées par l’insécurité, ces cas persistent depuis plusieurs années et restent d’actualité. La peur du jugement, la honte et la pression sociale empêchent souvent les victimes de dénoncer leurs agresseurs, rendant ce phénomène difficile à mesurer et à combattre.
A Bendogo dans un
quartier de Ouagadougou, Alice (nous préservons l’anonymat en lui donnant un
autre prénom) 13 ans au moment des faits, se souvient de cette douleur. Victime
d’un viol commis par un intrus rentré par infraction dans la maison, elle n’a jamais
porté plainte par peur d'être jugé.
« Seule ma mère et moi nous le savons. Ma mère a
décidé d’en parler à mon père qu’après cinq ans après le drame… », confie-t-elle
Comme elle, de
nombreuses victimes préfèrent se taire, de peur d’être rejetées ou accusées.
« J’ai été victime d’une tentative de viol par
notre voisin et une fois à la maison j’ai fait cas de cela à ma mère et elle
m’a dit de me taire, que comme ce n’est pas arrivé de simplement passer à
autres choses », a dit un enfant de sexe féminin en juillet 2021 âgée
de 15 ans en classe de 3ème ( ce témoignage a été tiré d’un mémoire intitulé
La problématique de la faible
fréquentation des centres d’accompagnement par les enfants victimes de
violences sexuelles dans la ville de Ouagadougou à la page 47).
Les chiffres
officiels donnent une idée partielle de la situation. En 2022 les directions régionales en charge du genre ont enregistré
11116 cas de violences basées sur le genre au Burkina Faso. Cependant, seulement
une faible proportion concerne des violences sexuelles déclarées. Mais d’autres
études montrent que 30% de femmes estiment avoir été victimes d’agression
sexuelle dès l’âge de 13 ans. Cet écart révèle que beaucoup de cas ne sont pas
encore signalés.
Dans la société
burkinabè, le viol reste un sujet sensible. Cela se traduit d’une part la peur
du regard des autres et la pression familiale empêchent souvent les victimes de
parler comme dans les témoignages ci-dessus. D’autre part la victime est même
tenue pour responsable. Cette situation renforce le silence et protège les
agresseurs.
Les victimes
parlent rarement à cause du jugement de la société et parce que la honte est du
mauvais c’est-à-dire les femmes « on
ne les croit pas, les gens ont tendance à dire que c’est elles qui ont cherché
ou qu’elles abusent. Dans le cadre conjugal on va encore plus minimiser cette
agression à cause du soi-disant « devoir conjugal » mais ça ne
devrait pas être un devoir ça devrait être un plaisir pour les deux » souligne
Aurore NANEMA une étudiante burkinabé à Lyon.
« Notre société accuse les victimes. Déjà le viol
est un sujet tabou car rares sont les victimes qui portent plainte ou même en
parle à leurs proches de peur d’être pointé du doigt ou de peur de révéler à
leur parent qu’ils ont perdu leur chasteté dans certains cas », explique Abdel-Rahamane COMPAORE étudiant burkinabè à l’université de
Rennes en Intelligence Artificielle.
« Souvent on dit que ce sont les victimes qui
provoquent par leur habillement », confie Annie OUEDRAOGO étudiante à UMET Burkina.
Contrairement aux
idées reçues, les auteurs de viol ne sont pas toujours des inconnus. Dans la
majorité des cas, il s’agit des personnes proches telle que partenaires,
voisins, membres de la famille. Cette proximité rend les dénonciations encore
plus difficiles, surtout quand l’entourage préfère régler l’affaire en privé.
Même lorsque les
victimes décident de porter plainte, elles font face à des obstacles. Les
procédures judiciaires sont longues, les preuves difficiles à rassembler et les
pressions sociales importantes. Beaucoup abandonnent avant d’obtenir justice. Il
y a l’insuffisance de services dans les centres ce qui crée un faible taux de
prise en charge des victimes.
« Si tu viens un mois après ton agression,
c’est difficile pour nous de te faire bénéficier des soins médicaux gratuitement.
Vu que tout d’abord dans notre centre, nous ne disposons pas de structure
médicale, ni de médecin en charge de prise en charge médicale. Ensuite souvent
même si on se réfère au centre médical on va faire payer la personne et
pourtant les gens n’ont souvent pas assez d’argent. Nous avons vu beaucoup de parents
qui ont abdiqué la plupart du temps eu égard aux difficultés financières qu’ils
éprouvent », entretien avec un RCA de sexe féminin en date de mai,
2021 avec une ancienneté professionnelle de 10 ans.
Le viol a pourtant
des conséquences graves et durables. Les victimes sont confrontées à des
traumatismes psychologiques, de dépression, des problèmes de sommeil
(cauchemars), des flashbacks, des moments d'angoisse, des infections
transmissibles sexuellement, une grossesse non désirée et des blessures et même
des suicides.
Face à cette
situation, des associations et organisations se mobilisent pour sensibiliser la
population et accompagner les victimes. Mais le défi reste immense tant que les
mentalités ne changent pas, le silence continuera à régner.
Voici ci-dessous
des statistiques des Violences basées sur le genre au Burkina Faso
Sources: Burkina portail de données, mémoire de Flora ZONGO année 2021


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